La rencontre avec l’enfant.

Dans mon travail, en tant que professeur de Yoga prénatal, j’ai l’avantage de parler des vraies choses avec les futures mères. C’est un privilège pour moi d’écouter et de partager ensuite toute les connaissances que j’ai acquises depuis de début de ma vie spirituelle et matérielle. C’est ce qui m’a toujours valorisé le plus, même si je faisais du dépistage de cancer à la même époque. Maintenant, Je n’ai jamais l’impression de travailler. Quelqu'un a dit un jour:
«Si vous ne voulez pas travailler dans votre vie, choisissez un travail que vous aimez».

Avoir un enfant, c’est beaucoup de changements pour une femme, autant physiques que émotionnels. D’ailleurs il n’existe pas de plus grande transformation pour le corps dans une vie. Si on ajoute aussi le fait que la grossesse n’est pas toujours planifiée; il est naturel que donner la vie, se passe comme une crise psychologique. Dans toute cette mutation, les réactions de la mère face à tout ce bouleversement influenceront la communication avec le feotus.

Le festival des modifications commence au moment même de la fécondation. C’est le départ des réactions énergétiques et physiologiques. Les changements sont nombreux et différents. La fatigue, l’essoufflement, les nausées, sensibilité des seins, les brûlements d’estomac, des sensations comme électriques dans le ventre, etc. arrivent quelquefois dès les premières semaines. Parfois le fait que la grossesse ne soit pas planifiée produit un impacte sur les changements et l’acceptation de ceux-ci. Dès le début le phénomène de transformation entraîne des émotions et un comportement que la femme ne reconnaît pas chez elle.

Les préoccupations sont dirigées plutôt vers l’intérieur. Les questionnements et ambivalences du désir d’un enfant peuvent faire surface. Ce qui m’inquiète le plus, ce n’est pas toutes ces manifestations physiques et émotionnelles mais bien les réponses face à ces manifestations. La femme peut vivre de la déception versus les attentes ou l’idéal qu’elle avait imaginé. Le mythe de la femme enceinte et bien heureuse dégringole. Elle se jugera, elle aura peur de se faire juger, elle doutera de ses capacités surtout si la performance est une habitude dans sa vie. Combien de femmes me disent : « je suis enceinte, pas malade », on dirait qu’elles répètent un slogan. Elle ne se permet même pas de ralentir influencé par l’Ego; on veut garder et entretenir une image que notre société nourrit en silence ou subtilement.

Il ne faut pas nier la répercussion psychologique de cette mutation. Pour une future mère, c’est la fin d’une étape importante; elle passe de l’état de femme à celle de la mère. Un deuil parfois conscient ou inconscient. Il y a un renoncement nécessaire pour passer à une autre page de vie. Ce qu’elle ne réalise pas c’est que tout est normal et temporaire (à la condition qu’elle se permette de vivre cet état). Elle traversera cette tempête avec sa personnalité, sa nature profonde. Car on ne devient pas une autre personne parce qu’on accouche. Elle peut se juger et le jugement crée de la douleur psychologique; comme une roue sans fin. Souvent elle a peur que l’enfant ressente toutes ses émotions douloureuses et ses doutes. Même que la femme enceinte essaye de mettre ses émotions de côté. Elle veut déjà le protéger comme si le fait de ressentir des émotions pénibles faisait mal aussi à son enfant. Elle ne voit pas l’expression de ses malaises comme libérateur pour elle. C’est là que la communication rend un grand service.

Dans le premier trimestre la relation avec le feotus est parfois mise de côté et on comprend facilement pourquoi.

L’apparition des premiers mouvements du feotus dans le deuxième trimestre aide à prendre conscience de sa présence. Les problèmes physiques sont souvent moins présents, malheureusement il y a des femmes qui sont encore bien fatiguées, avec des maux qui persistent.

Pour ma part, J’ai découvert le Yoga juste avant d’avoir mon premier enfant, il y a 18 ans.

Le Yoga ce n’est pas seulement prendre des postures l’une à la suite de l’autre. C’est aussi s’unir avec soi avec humilité dans la non violence et dans le respect. Dans mon cheminement, la pratique du Yoga m’a toujours aidé. Depuis 15 ans maintenant que j’enseigne et que j’expérimente différents outils, avec les femmes enceintes et leurs partenaires.

Par exemple en Yoga, il existe des gestes sacrés avec les mains que l’on appel Mudra. Le geste qui symbolise et qui augmente la sérénité, l’accords universelle, c’est : Anjali Mudra; les deux mains se rejoignent au niveau du cœur les deux paumes l’une contre l’autre comme le geste de prière utilisé par certaine religion. Les paumes des deux mains qui se touchent, connectent et relient ensemble l’hémisphère droit et l’hémisphère gauche du cerveau dans une communication harmonieuse. C’est un geste qui uni notre nature dynamique, active, extérieur (soleil) et notre nature intuitive, réceptive et intérieure (eau). Par ce geste conscient, vous permettez à votre cœur de s’épanouir comme la fleur de lotus nourrit par l’eau et le soleil.

Anjali Mudra

Lorsque j’enseigne le Yoga, j’introduis un exercice de rencontre avec soi, avant celle de l’enfant. On prend le temps de s’arrêter d’entrer à l’intérieur de son être, de sa vraie nature. Avant de prendre contact avec le feotus. La mère doit aller à la rencontre d’elle-même. C’est ce que j’appel l’Accueil. Chaque future mère doit commencer par se prendre telle qu’elle est, avec son côté sombre et son coté lumière. La qualité du lien avec l’enfant en dépend. J’utilise la visualisation qui est reconnu comme un outil indispensable pour une préparation vraiment complète. C’est pour cette raison que j’ai créer un cédérom de relaxation et visualisation pour la mère et l’enfant. Durant la session de cours de yoga prénatal, je fais pratiquer les visualisations seulement une fois par semaine et elles sont toutes différentes. Chaque cours possède son propre thème ; de l’accueil de soi jusqu’à l’accouchement. Pour augmenter l’efficacité la pratique régulière est conseillée comme n’importe quel exercice. Je l’utilise pour aller à la rencontre de soi avant de faire connaissance avec l’enfant. Vous pouvez expérimenter cette méthode.

Dans un état de détente et de relaxation, allez dans votre cœur. Là où se trouve le sanctuaire intérieur, cet endroit est intime et vraiment personnel, il représente votre essence profonde. Utilisez tous les éléments naturels que vous aimez, habituellement vous vous retrouvez dans la nature, mais il n’y a pas de règles strictes; je parle d’imagination, qui fait appel à la partie droite du cerveau qui est intuitive. Vous devez créer un endroit qui vous sécurise complètement. A cet endroit le jugement n’existe pas. C’est comme entrer enfin chez soi. Là vous pouvez vous régénérer, faire le plein d’énergie. Vous pouvez vous retrouver dans une rivière ou une source d’eau chaude. Tout est correct. Dans ce sanctuaire, il existe aussi des sentiers. Il y en a un qui conduit à un enfant. C’est votre enfant intérieur. Doucement vous vous approcher de lui avec respect. Vous allez le rencontrer, l’écouter, reconnaître ses peurs et lui parler comme vous aimeriez qu’on vous parle. Vous le rassurez et vous lui dites qu’il n’est plus seul, que vous êtes maintenant là pour prendre soin de lui et voir à ses besoins. Vous lui tendez la main et le guidez vers votre sanctuaire qui est rempli de lumière, de paix et d’amour inconditionnel. C’est la première rencontre. C’est le début d’une communication profonde et vraie. Au fil du temps et des rencontres que vous intégrez maintenant dans votre vie, cet enfant s’épanouit et devient un enfant libre et confiant. Il sait qu’il peut être écouté et reconnu pour ce qu’il est vraiment. C’est un contact, un lien qui est établit maintenant et pour toujours.

La relation que l’on crée avec son enfant intérieur ressemblera beaucoup à celle que l’on construira avec son futur enfant. Comment peut-on être à l’écoute de son prochain enfant si l’on ne peu écouter son propre enfant intérieur. Je vous propose un second exercice pour tisser un lien avec l’enfant. Il faut d’abord prendre le temps de s’arrêter, de s’asseoir ou se coucher. Fermez les yeux. Inspirer profondément et expirer doucement et complètement. Pensez paix en inspirant et expirez vos préoccupations. Répétez l’exercice trois fois. Ensuite vous déposez une main sur votre cœur et l’autre sur votre ventre là où se trouve votre enfant. Maintenant vous imaginez une lumière qui brille dans votre cœur. Une belle lumière rose. Le rose est associé à l’amour inconditionnel.

Essayez de ressentir cet amour, cette tendresse qui monte parfois lorsque l’on regarde un petit bébé. Laissez grandir ce sentiment tout en respirant normalement.

Tout en restant dans cet état, confectionnez un lien qui part de votre cœur et qui rejoint celui de votre enfant. Voyez ce lien se tisser et se renforcer. Vous constaterez que le cœur de votre enfant vous envoie aussi un lien de lumière. Vous ne forcez rien et tout est correct. Le lien est maintenant établi. Laissez les choses se faire d’elles-mêmes et soyez sans attentes. Il se peut que vous receviez même des messages de votre enfant. Vous pourrez refaire cet exercice régulièrement pour renforcer la communication.

En conclusion : Parlez lui, il vous écoute et il sait que les émotions que vous ressentez (ambivalence, peur, joie, tristesse) font parti de l’être humain que vous êtes. Vous devez laissez circuler se qui monte en vous sans vous juger. «Tout ce qui ne s’exprime pas à l’extérieur s’imprime à l’intérieur.» Nous sommes des êtres d’émotions. Votre enfant le sait, il est sans jugement, il est amour pur, sans condition.

Vous n’avez qu’à veillez sur lui. Prenez le temps de ressentir sa présence dans votre vie.
Josée Fortin
Professeur de yoga prénatal, postnatal, Naturothérapeute.
514-231-1994. www.yogaprenatal.qc.ca

Références :
1) Les émotions de la gestante : Travail présenté dans le cadre de la formation a l’enseignement du Yoga prénatal,1992. Micheline Leclerc

2) Naître : Photographies; Lennart Nilsson Texte : Pr. Lars Hamberger. Édition Hachette.

3) Hatha Yoga : À la recherche du corps conscient. Note de cours. Mars 2007Locana Sansregret